Dans la salle, c'est encore pire, à croire qu'on m'a placé avec tous les angoissés du coin. Mais là encore, j'utilise ma cool attitude, sort ma petite bouteille de menthe à l'eau, au cas où la soif me prendrait, et attends sagement ma copie. Je lis, petit instant de panique à bord, d'un coup je ravale ma fierté. Voici les sujets :
# L'art transforme-t-il notre conscience du réel ?
# Y a-t-il d'autres moyens que la démonstration pour établir une vérité ?
# A. SCHOPENHAUER, Le monde comme volonté et comme représentation.
Si la morale ne considère que l'action juste ou injuste, si tout son rôle est de tracer nettement, à quiconque a résolu de ne pas faire d'injustice, les bornes où se doit contenir son activité, il en est tout autrement de la théorie de l'État. La science de l'État, la science de la législation n'a en vue que la victime de l'injustice ; quant à l'auteur, elle n'en aurait cure, s'il n'était le corrélatif forcé de la victime ; l'acte injuste, pour elle, n'est que l'adversaire à l'encontre de qui elle déploie ses efforts ; c'est à ce titre qu'il devient son objectif. Si l'on pouvait concevoir une injustice commise qui n'eût pas pour corrélatif une injustice soufferte, l'État n'aurait logiquement pas à l'interdire. Aux yeux de la morale, l'objet à considérer, c'est la volonté, l'intention ; il n'y a pour elle que cela de réel ; selon elle, la volonté bien déterminée de commettre l'injustice, fût-elle arrêtée et mise à néant, si elle ne l'est que par une puissance extérieure, équivaut entièrement à l'injustice consommée ; celui qui l'a conçue, la morale le condamne du haut de son tribunal comme un être injuste. Au contraire, l'État n'a nullement à se soucier de la volonté, ni de l'intention en elle-même ; il n'a affaire qu'au fait (soit accompli, soit tenté), et il le considère chez l'autre terme de la corrélation, chez la victime ; pour lui donc il n'y a de réel que le fait, l'événement. Si parfois il s'enquiert de l'intention, du but, c'est uniquement pour expliquer la signification du fait. Aussi l'État ne nous interdit pas de nourrir contre un homme des projets incessants d'assassinat, d'empoisonnement, pourvu que la peur du glaive et de la roue nous retienne non moins incessamment et tout à fait sûrement de passer à l'exécution. L'État n'a pas non plus la folle prétention de détruire le penchant des gens à l'injustice, ni les pensées malfaisantes ; il se borne à placer, à côté de chaque tentation possible, propre à nous entraîner vers l'injustice, un motif plus fort encore, propre à nous en détourner ; et ce second motif, c'est un châtiment inévitable.
A. SCHOPENHAUER, Le monde comme volonté et comme représentation
Le choix fut vite fait. Deux minutes tout au plus. La démonstration c'était mort, j'avais rien pigé au cours. Quant au texte, je l'ai même pas lu tellement le nom de l'auteur m'a fait peur. Mais heureusement le sujet sur l'art était là ! Artiste dans l'âme et une des rares S à suivre l'option art, la question ne se posait même pas. Trop contente, je commence à établir mon petit plan - merdique il faut l'avouer - et à noter des mots en vrac sur ma feuille. Au bout d'un quart d'heure je me rend compte qu'il fallait que je parle aussi de la conscience, or souvenez vous, je n'ai pas appris un seul cours. Je bug quelques instants, essaie de rassembler mes souvenirs pour sortir ne serait-ce qu'une bribe de ce qu'on avait vu en cours. Las, sans citations, sans rien pour m'appuyer, et avec une mémoire de poisson rouge en prime, je ne pouvais pas continuer comme ça.
J'ai pris le texte de Schopenhauer...
Au bout de 20 minutes, je lis pour la première fois le texte. Ouah ça parle de la justice et la morale. Ouais bon mes souvenirs de cours sont pour ainsi dire inexistants à ce sujet. Tant pis, je tente le tout pour le tout. Justice morale, ça me rappelle quoi. Un bouquin de Bernard Werber, le Papillon des étoiles, que j'avais lu il y avait deux jours, et un manga, le fabuleux Death Note. Oui vous avez bien entendu, j'ai cité un manga dans mon commentaire de texte. Ce furent mes deux seules citations, à côté de ça, j'ai brodé, j'ai pratiqué le sophisme, utilisant tous les beaux mots que je connaissais, les harmonisant pour qu'ils reflètent ma pensée et j'ai noirci quatre pages, en sautant une ligne sur deux, trois lignes entre chaque paragraphe, et en écrivant d'une écriture bien grosse, bien ronde, très jolie. Je parle de justice d'injustice, les différences de points de vue tout ça. Je suis sortie au bout de trois heures, j'avais plus rien à dire. J'ai toujours été rapide durant les épreuves de Philo. Bon en même temps comme je n'apprends pas mes cours, je ne perds pas beaucoup de temps à essayer de me rappeler de quelque chose, vu que je sais que ça ne sert à rien. Et ce que j'écris, c'est vraiment le fond de ma pensée, appuyé sur mes exemples, et pas ceux pré-mâchés qu'on peut trouver dans le bouquin de l'école.
J'ai lu le corrigé "type" et rien à voir avec ce que j'avais marqué. Mais bon je m'étais bien amusée. Et je me suis dit que même si je me tapais une sale note, au moins j'avais bien rigolé devant ma copie, en écrivant les noms des auteurs japonais du manga.
Verdict? J'ai eu 16/20
Alors soit :
- le prof était un fan de Death Note/Bernard Werber
- le prof a apprécié une copie différente des autres
- le prof a trop kiffé ma belle présentation (ça a du aider, mais bon ça suffit pas)
- ou alors, je suis une philosophe née
Bref moi ma perle elle est pas dans la forme mais dans le fond... =D
(Je vote pour la 4ème solution >w<)
